Tout d'abord, je te remercie d'avoir pris de ton temps pour répondre à cette interview.
-Marâa : Pour celles et ceux qui ne te connaîtraient pas, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?
Meissoun : Je vis à Zurich (Suisse) et j'ai commencé la danse orientale en 1990. Après env. 4 ans j'ai commencé à danser dans les restaurants, aux mariages et autres fêtes. Pendant longtemps j'ai refusé d'enseigner. Je ne me voyais pas comme prof de danse et j'avais toujours l'impression que je ne pourrais jamais donner des cours aussi bien que mes profs (les plus importantes étant Layali et Azaria).
Pourtant, après 9 - 10 ans j'étais arrivée à un point où je me disais: j’ai appris tant de choses dans mes classes et pendant une centaine de stages, il est temps d'en faire quelque chose.
Au même temps une copine était en train d'installer son école de danse. Je lui proposais donc de donner des stages chez elle. Et à ma surprise j'ai découvert que j'aimais enseigner et c'est quelque chose que je fais bien.
Pour faire connaître mon nom j'ai donc commencé à fréquenter des festivals en Europe - et entre temps j'ai même donné des stages aussi loin que la Californie et Hawai'i.
-Marâa : Tu voyages assez fréquemment pour enseigner et danser ; quel serait ton meilleur souvenir sit tu ne devais en retenir qu'un seul ?
Meissoun : C'est difficile de choisir une seule place - j'adore en général que la profession de danseuse me permet d'aller à des endroits si divers, et souvent des places où je n'aurais jamais pensé que j'y irais un jour. -Marâa : Dis nous Meissoun, comment t'es-tu tournée vers les danses indiennes ? Quel a été le déclic ? Meissoun : J'avais déjà vu des spectacles de Bharata Natyam (danse classique de l'Inde de Sud) en Suisse et aussi pendant un voyage en Inde. Mais je pensais que c'était trop difficile pour moi - et il manquait aussi la possibilité de l'apprendre. Puis j'ai vu un jour une annonce qu'il y avait un nouveau cours de Bharata Natyam à Zurich, donc je me suis dit, il faut l'essayer! Et j'ai beaucoup aimé ce style si différent, donc j'ai continué. -Marâa : La danse orientale suscite de nombreux débats, parmi ceux-ci, la mise en place d'un diplôme pour enseigner la danse orientale. Qu'en penses-tu ? Meissoun : Ces diplômes existent depuis env. 10 ans déjà en Suisse. Je dirais que "si ça ne fait pas de bien, ça fait pas de mal". -Marâa : Que penses-tu de l'arrivée en Europe des styles fusion et tribale ainsi que de l'accueil des danseuses orientales à ce sujet ?
Meissoun : J'ai fondé mon groupe de Tribal Style avec une copine il y a 6 ans déjà et en ce moment nous sommes 4 danseuses dans ce groupe. Ca n'est donc rien de nouveau pour moi :-) -Marâa : Tu vas sortir dans quelques temps des DVD de Bollywood Dance. Pourrais-tu nous parler un peu de cette danse ?
Meissoun :Bollywood, c'est l'industrie des films en Hindi qui produit des centaines de films chaque année. En Inde, il y a une tradition de plus de 2000 ans de raconter des histoires avec un mélange de théâtre, musique, chanson et danse. Cette tradition est continuée dans les films. Dans un film il y a typiquement entre 3 et 8 "songs" des styles différents: chansons d'amour, de mariage, religieuses - mais aussi dans les styles classiques, disco, folklore etc. -Marâa : Pourrais-tu nous dire, comme beaucoup de nos lectrices sont belges et françaises, s'il existe une particularité, des différences de mentalités dans le milieu de la danse orientale suisse ? Meissoun : Bon, je ne connais pas grand chose aux scènes de danse orientale en France et en Belgique, c'est donc difficile de faire une comparaison. -Marâa : Pour clôturer en beauté cet entretien, peux-tu nous parler de tes projets ? Meissoun :Je vais voyager un peu :-) Cet été je donnerais un stage de Bollywood Dance à Lyon et j'aimerais bien aller à des autres endroits en France pour enseigner et danser. -Marâa : As-tu un dernier avis à donner,un dernier commentaire à faire ? Meissoun : N'arrêtez jamais d'apprendre, de poser des questions! Il y a tant à savoir! -Marâa : Encore un tout grand merci Meissoun pour ta participation et ta gentillesse. C'est mon plaisir :-)
Une occasion très spéciale était certainement le spectacle de l'IAMED (Int. Academy of Middle Eastern Dance) à Hollywood en août 2005 où j'ai dansé dans un amphithéâtre en plein air en face de 1200 spectateurs.
Mais c'est aussi toujours très satisfaisant de voir à la fin d'un stage comment la classe a appris à danser une nouvelle chorégraphie ou même un nouveau style.
A peux près pendant ce temps un copain pakistanais m'a prêté une vidéo avec des danses des films indiens (Bollywood) et j'ai dit immédiatement: "Je veux danser comme ça!" J'ai regardé la vidéo une douzaine de fois et fait des notes. Puis j'ai acheté de la musique pendant mon prochain voyage en Inde et j'ai commencé à chorégraphier en combinant mes notes et mes connaissances de danse classique.
La prochaine danse que je voulais apprendre était le Bhangra (danse folklorique du Punjab). Mais il n'y avait personne pour l'enseigner. Finalement j'ai trouvé un prof sur Internet en Suède! Il est venu me voir et aussi donner des stages ici.
C'est certainement bien de voir qu'une danseuse est assez sérieuse qu'elle se donne vraiment la peine de prendre un cours pour enseigner.
Bien sûr un diplôme ne garanti pas que la prof est une bonne danseuse - mais au moins elle a une formation et des connaissances théoriques et ne va pas enseigner n'importe quoi.
Ce qui me donne un peu de soucis c'est que beaucoup de danseuses pensent qu'il suffit de changer de costume et voilà, c'est du Tribal! Mais c'est un style différent avec des mouvements particuliers. Et l'aspect le plus important pour moi est l'improvisation en groupe. Ceci ne s'apprend pas comme une chorégraphie dans un week-end. C'est du travail!
J'ai aussi remarqué le phénomène Rachel Brice. Soudainement tout le monde veut danser comme elle. Mais on oublie que Rachel a travaillé très durement pour avoir son style de Tribal Fusion et la plupart des danseuses n'a ni la flexibilité ni les muscles qu'il faut pour ce style.
On verra après quelques années les danseuses qui suivent simplement une mode (et qui vont quitter et suivre la prochaine mode...) et celles qui sont vraiment dédiées aux styles Tribal et Fusion.
Le but de ces chansons et danses est d'entretenir, on choisi donc des costumes flamboyants, des locations quelque fois exotiques (comme la Suisse...) et un grand nombre de danseurs pour en faire un vrai spectacle.
La Bollywood Dance n'est pas UN style mais un mélange de styles - il faut donc avoir des connaissances de divers danses indiennes et occidentales et aussi savoir quant il faut choisir quels éléments. Et finalement il faut comprendre le texte de la chanson pour faire l'interprétation correcte avec les gestes et les pas de danse.
Dans mes DVDs je vais enseigner des chorégraphies dans des styles divers pour donner une impression de la diversité des danses de Bollywood. La première chanson que j'ai chorégraphiée a des fortes influences de Bhangra. Elle va sortir en été.
En général je dirais qu'en Suisse allemande (c'est la région que je connais le mieux) nous avons une grande solidarité entre les danseuses. Il y en a beaucoup qui travaillent ensemble pour organiser des spectacles ou autres événements car elles savent que tout le monde ne peut qu’en profiter si on joint les forces.
Je vais aussi voyager à Istanbul, Beyrouth (si la situation politique le permet) et à Bombay.
Puis je veux produire mon deuxième DVD sur le style de danse libanais parce que le premier a été si bien reçu. (N.B. Tout mes DVDs sont aussi en Français!)
Et l'année prochaine je retournerais aux Etats Unis pour des stages et spectacles.